RTBF, Journal télévisé, 13 mars 2026 - Vous vivez peut-être dans un logement qui ne répondra plus aux futures normes énergétiques. Si c’est le cas, vous êtes loin d’être seul. Selon le secteur de la construction, 92% du parc immobilier belge devra être rénové d’ici 2050. Un défi colossal.
Isoler sa maison est souvent l’une des premières étapes. Mais entre coûts élevés et impact environnemental discutable de certains matériaux traditionnels, la question se pose : existe-t-il des alternatives plus durables ? A Sprimont, Fernelmont et Louvain-la-Neuve, notre équipe est allée à la rencontre de ces nouveaux acteurs de la rénovation.
Sur les chantiers, une demande en forte hausse
À première vue, le chantier ressemble à tous les autres. Pourtant, ici, pas de laine minérale ni de mousse synthétique. Les ouvriers projettent de la cellulose de papier derrière des membranes. Un isolant recyclé, issu du papier.
Pour Nicolas Jadoul, actif dans le secteur, la tendance est nette : "Vraiment une forte augmentation de demande par rapport à ces produits biosourcés, par rapport aux produits classiques, traditionnels."
La cellulose fait partie de ce qu’on appelle les isolants biosourcés : des matériaux naturels ou recyclés. Il en existe aujourd’hui des dizaines : fibre de bois, fibre d’herbe, liège récupéré, ou encore chanvre.
Moins polluants… Mais pas toujours irréprochables
Ces matériaux séduisent pour plusieurs raisons. Contrairement aux isolants issus de la pétrochimie, ils sont moins polluants à produire et à retirer, et offrent une meilleure protection contre les vagues de chaleur.
Biosourcé ne signifie pas automatiquement écologique
Mais tout n’est pas si simple. Dorothée Stiernon, architecte et chercheuse à l’Université catholique de Louvain, met en garde : "Le problème c’est qu’on va souvent rajouter des additifs à la matière première. Et donc ces additifs, s’ils ne sont pas respectueux, ça peut engendrer un malus, d’un point de vue environnemental, qui donnerait qu’au final ce matériau n’est pas aussi intéressant que ce qu’on peut croire."
Autrement dit : biosourcé ne signifie pas automatiquement écologique. "Il faut donc se renseigner avant de passer à la caisse."
Bonne nouvelle toutefois : L’achat ne sera d’ailleurs pas forcément plus cher qu’avec des matériaux traditionnels. Les prix se sont alignés ces dernières années.
Le chanvre en pleine croissance industrielle
À Fernelmont, une usine illustre cette montée en puissance. Ici, la matière première est le chanvre. "Ça, c’est le chanvre, c’est la matière première par laquelle tout commence au niveau de l’entreprise. Ici, on produit des blocs de chanvre."
Chaque jour, entre 100 et 250 palettes sortent de la ligne de production. Olivier Beghin, fabricant industriel de produits durables, retrace l’évolution de l’entreprise : "On a commencé dans une phase de production artisanale, puis semi-industrielle. Et aujourd’hui, depuis 4 ans, voire 5 ans maintenant, on est dans une phase de production industrielle."
La dynamique est soutenue : "On est dans une dynamique de croissance de 20 à 30% par an. Et donc, il était nécessaire d’investir dans un outil de production industrielle pour pouvoir finalement répondre à l’entièreté de nos clients."
Preuve que ces alternatives ne relèvent plus de la niche confidentielle.
Former les architectes de demain
À Louvain-la-Neuve, des étudiants de l’ULiège en deuxième année de bachelier en architecture visitent des entreprises actives dans le biosourcé. Bastien Jourdan, étudiant en architecture, y voit une opportunité : "On profite de visites comme celle-ci pour découvrir plus en profondeur ces thématiques de durabilité. Essayer d’utiliser des matériaux comme ça, c’est peut-être un des pas qui va faire qu’on aura un futur plus beau."
La transition passe aussi par l’enseignement et la sensibilisation des futurs professionnels.
Des primes variables selon les régions
En Wallonie, des surprimes de 30 à 36% viennent s’ajouter à la prime de base pour encourager l’utilisation de ces matériaux alternatifs. À Bruxelles, en revanche, ces primes spécifiques ont été supprimées.
Alors que la rénovation énergétique s’impose comme un passage obligé, les isolants biosourcés apparaissent comme une piste concrète, à condition de bien s’informer.
Véronique Wese, Joachim Vincent